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25.05.2008

Et si on parlait des cours, un peu ?

Je ne me souviens pas avoir parlé des cours, depuis que j’ai ouvert ce blog. Peut-être que je n’ai jamais eu le temps d’en toucher un mot. Peut-être parce que je ne me sens pas super concerné, scolairement parlant…Un peu des deux sûrement. N’empêche que jusqu’à présent, j’allais en cours la tête ailleurs. Dans la nature, dans un bar ou à la maison avec les roommates. Quelque part autre que dans notre gigantesque et moderne université.

Intro to Aussie society : cours de culture générale sur la société australienne, l’histoire du pays, l’évolution de l’identité nationale (de l’Australie blanche à l’Australie multiculturelle), sa position par rapport aux aborigènes…On a commencé ce cours par le camp dans les Grampians, fin février dernier, juste après notre arrivée. C’est là bas qu’on avait forgé une bande de collègues, principalement ricains, plus nous les frenchies, les allemands et les canadiennes. Le premier devoir concernait ce fameux week-end, et notamment l’histoire d’Hamilton et la vie des hommes autrefois. 1800 mots, 30% de la note finale. La semaine dernière on concluait le cours avec un exposé sur le thème de notre choix. On a fait dans le classique : la sécheresse et la désertification en Australie. 50% de la note. Il me reste à écrire un essai de mille mots portant sur mon séjour en Australie pour compléter le truc.

On a assisté à notre dernier cours, donc, jeudi dernier. Une page se tourne. Catherine l’un des deux canadiennes rentre au pays dans une semaine, déjà. Ca sent la fin…Parmi les quatre cours qu’on a, c’est le seul qui nous a permis de communiquer avec les autres étudiants de la classe. Dans les trois autres, si j’ai adressé la parole à quelqu’un, c’était juste pour lui demander un stylo, ou comment mettre de la couleur dans un tableau Word, j’imagine. Salut Chris, merci pour ce cours, sûrement le plus intéressant auquel j’ai assisté depuis que je cire les bancs de l’école.

Desktop Publishing : ou comment améliorer la communication visuelle en entreprise. Mélange de design et d’art plastique, on apprend à manipuler des programmes tels que MS Publisher, Powerpoint, Paint Shop Pro etc…Ca peut en faire rire certains, Max et moi les premiers, mais c’est technique. Pas de place pour le freestyle ici, tous les éléments de nos publications doivent être mis en place soigneusement, avec à la fois cohérence, esthétisme et efficacité. On a dû rendre un portfolio composé de neuf documents la semaine dernière, en rentrant de Tasmanie. Carte de visite, en tête de fax et de lettre commerciale, flyer à distribuer, enveloppe, publicité dans le canard…Rien de bien méchant, mais ça prend du temps et surtout j’ai trouvé ça intéressant à faire. Avec le flyer, le power point et le test, ça fait 100%. Je suis à peu près sûr d’avoir validé la matière.

Internet for business : ou comment construire un site web commercial efficace, attractif. Le prof nous a annoncé la couleur d’entrée de jeu : je ne suis pas là pour vous apprendre à faire un joli site, je suis là pour que vous vous fassiez du blé. Ca a le mérite d’être clair. Le discours de Bill est convaincant, et puis il a de la bouteille, il fait du e-commerce depuis belle lurette, et le filston s’en met plein les poches dans le milieu aussi. C’est clair que ses slides vont me servir un jour ou l’autre, tant il semble facile de gagner sa vie avec une bonne idée, un business plan qui tient la route, de l’interactivité avec le visiteur et un design pas trop crade. Ca donne envie de s’y mettre. On a du acheter un livre qui explique comment monter un site de A à Z avec Visual Web Developer, de la base de données au design en passant par les contrôles ASP.NET (login, shopping cart etc…). Au début ça m’a bien emmerdé de mettre le prix, mais mon point de vue a changé au fil des semaines.

Je suis en groupe avec Emilie, Max, et Wei, un chinois. Bill, qui connaît bien la Bretagne, nous a recommandé de monter un site qui vend du cidre breton en Australie, puisqu’il galère lui-même à en trouver ici. Si mes souvenirs sont bons, les ESCiens de l’année dernière avaient aussi monter un site d’import de produits bretons…On doit rendre le truc mercredi prochain, mais le plus gros du boulot est fait, je n’ai plus qu’à lier les pages. Le résultat n’est pas franchement grandiose, mais on n’a pas vraiment bûché comme des malades pour rendre un travail propre. Dans tous les cas, le cours devrait être validé aussi, je dois juste relire les douze power points du semestre avant l’exam.

Database concepts : là c’est la cata. J’avais pris ce cours parce que j’aime bien les bases de données, et que les systèmes d’information sont partout maintenant, même dans les petites entreprises. Et puis j’en avais déjà fait à Chaptal. Je m’étais dit que ça serait une partie de plaisir. Seulement voilà, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. D’une, j’ai raté les trois premières semaines de cours (à RMIT on a un mois pour « tester » les cours : on s’inscrit à ce qui nous intéresse, vire ce qui ne convient pas, pour reprendre autre chose etc…), qui avaient pour but de nous initier avec le monde merveilleux d’Unix. Résultat, je n’ai jamais vraiment compris comment cet OS fonctionnait. Compliqué, donc, d’être au niveau pendant les « labs » (les cours sont divisés en deux, voire trois parties : cours magistral, travaux dirigés et labo, pour les cours d’informatique).

J’ai rapidement abandonné toute chance de valider ce truc, et avec le boulot au café, ma motivation a pris une bonne claque, comme si j’avais besoin de ça. C’était quand même cool de croiser Chelsey et Michael (l’allemand), aussi peu intéressés que moi par le module (mais nettement plus doués je dois dire), et d’aller un boire un coup dans le bar d’en face entre la lecture et le tuto. A l’exam, j’irai marquer mon nom pour ressortir aussitôt. Rester plus longtemps serait inutile. Théoriquement, avec trois modules validés sur les quatre, il ne me manquera qu’un crédit et demi pour passer en troisième année, puisque j’ai pris six cours au lieu de cinq au premier semestre (au cas où, hehe). Je sais que l’ESC sera compréhensive, surtout s’il s’agit de séjour à l’étranger.

15.05.2008

I got a job

J’en parlais il y a quelques semaines : il me faut absolument un taf pour faire des réserves avant le road trip de juillet. J’ai envie de me priver ni à Melbourne, ni sur la route pendant un mois. Au cas où il nous arriverait un gros pépin mécanique, il pourrait être utile d’avoir des ronds de côté. En fait j’ai pas été cherché loin. Je suis juste allé me poser avec mon ordi au café rital du coin de la rue, un vendredi soir (le 2 mai), avec en tête l’idée que j’en toucherais deux mots au patron, si l’occasion arrive.

C’est ici qu’on vient souvent avec Max, et parfois Margault, pour aller sur le net. C’est 5$ l’heure sans repas, et une heure gratuite quand on mange. Internet n’a pas de prix, en Australie…D’habitude on vient le dimanche, on prend un beef burger, des frites et une Corona. Mais cette fois-ci c’était croissants au fromage sans goût et café latte.

Ils ont une carte plutôt correcte, pour un café, et c’est pas cher. Petits dej’, soupes, salades, burgers, pâtes, pizzas, rissotos, gâteaux, milkshakes, foccacias, jus de fruits pressés et, of course, du bon café, comme les melbourniens savent si bien le faire.

C’est dans ce café que Jo, l’ancienne colloc londonienne, travaillait. Elle disait qu’elle se plaisait bien, mis à part que la mama était une vraie plaie, et qu’elle lui menait la vie dure, souvent injustement. Même pas peur, j’ai eu l’occaze de croiser pas mal de tête de noeuf au cours de ma carrière d’intérim.

J’étais en train d’avaler mes croissants sans goût achetés chez Coles quand le patron est venu me voir. Tu viens d’où ? Tu fais quoi ? Etudiant ? Tu fais comment pour payer tes études ? T’as un travail ?..Trop facile, quoi. Je lui dis que j’avais quelques réserves, mais que j’avais besoin d’un peu plus. Vous ne recrutez pas par hasard ? Viens faire un test mercredi matin, de onze à treize, on va voir comment tu te débrouilles. Et le tour est joué. Pas eu besoin de parler de permis de travail, de contrat, d’horaires, de paye, ou quoique ce soit. Le code du travail, ici, chaque patron le fait à sa sauce.

J’ai passé le test sans trop de soucis, et depuis, je bosse pas mal. Les conditions sont correctes : c’est à cinq minutes de chez moi, mes horaires sont adaptés à mes cours, j’ai un repas le midi, parfois un le soir, et ça m’arrive même d’avoir des « tips » de temps en temps. Deux dollars par-ci, cinq dollars par là…J’ai déjà eu dix dollars une fois. Douze dollars le taux horaire, c’est dans la norme. Au black, bien sûr.

Le taf est assez stressant au début. Je suis serveur, donc chargé de la salle, de l’accueil des clients. Je dois leur dire bonjour, leur demander s’ils veulent boire ou manger, s’ils veulent s’asseoir…Je prends les commandes des clients en salle, ce qui est d’ailleurs le plus dur pour moi. Après deux semaines passées là-bas, je ne connais pas encore tout le menu, et parfois les clients me demandent des trucs farfelus. Dans ce cas-là je leur demande de répéter, et de répéter encore si j’ai toujours pas compris. C’est mieux que de commander n’importe quoi. Jusqu’à maintenant, ça ne m’est d’ailleurs jamais arrivé. Je ne parle pas des p’tits vieux qui articulent que dalle. Heureusement qu’ils sont souvent accompagnés d’une personne ayant vingt ou cinquante ans de moins, et assez aimable pour me faire la traduction en anglais articulé. Je sers les plats et cafés, ramasse les plats finis, nettoie les tables…

Le job est plutôt plaisant quand il y a plein de clients. On court dans tous les sens, on transpire, on stresse à la vue d’un client impatient…Pas le temps de regarder l’horloge. J’aime bien ça. Mais quand c’est calme, c’est…Trop calme. Je remplis les pots de beurre, je range la vaisselle chaude, je passe un coup d’éponge sur des tables qui ont déjà été nettoyées trois fois…Au début je me dépêchais pour faire quoique ce soit, à deux cent à l’heure. J’ai vite compris qu’il fallait prendre son temps, se mettre en mode koala, ramasser une tasse et une assiette, et non pas deux tasses par-dessus trois assiettes. Faut en garder pour après.

C’est Phil le patron. Un peu plus de quarante ans, rital typique, grande gueule, matte les clientes de haut en bas, blagues salaces, roule des mécaniques comme si tout le quartier lui appartenait…North Caulfield is yours, mec, t’as raison. Il en branle pas lourd. Il sert le café de huit à dix, jusqu’à l’arrivée de Michael. Une fois que le barrista est là, il fume clope sur clope dehors, s’engueule avec la mama, lit le canard section footie…Mais le plus clair de son temps, il joue au solitaire. Il doit forcément se préparer pour une compet’ à venir, c’est obligé. N’empêche que niveau taf il est cool avec moi, rien à dire.

Michael a trente-quatre piges, d’origine italienne aussi. Il fait le café : c’est un barrista, comme on dit. Il a passé les onze premières années de sa vie en Egypte, avant de s’installer cinq ans en Grèce, pour ensuite venir à Melbourne. Lui et sa famille n’ont jamais pu revenir en Italie, trop dangereux pour eux. On se croirait dans le Parrain. Bref, lui aussi a son petit côté italien, puisque son rêve serait de pouvoir dire « tasty pussy » dans toutes les langues. Il était ravi quand je lui ai donné la traduction française. Il est passionné par plein de trucs. La géopolitique, les gonzesses, et…Le foot. Sa Religion. Supporter du Milan A.C et du Pana. Il connaît tout de A à Z, même le foot français. Lui aussi va adopter un régime de sommeil spécial pendant l’Euro qui arrive en juin. C’est pour ça qu’on s’entend bien. Et puis on a la même conception de l’humour : on peut rire de tout. Niveau taf, c’est autre chose. Sérieux, professionnel, exigent, perfectionniste. Il est prêt à me passer un savon si je laisse un torchon traîner, ou si je donne une cuiller à un client qui n’en n’a pas forcément besoin…Au début ça me faisait flipper, maintenant ça me fait plutôt sourire. Hey, calme toi vieux, y’a pas mort d’homme !

Angela, la mama de Phil, a aussi le profil type de la mère italienne. Gros caractère, elle passe beaucoup de temps en cuisine pour soutenir le cuisto, voire le remplacer quand il est en congés. Pas grand-chose à dire à son sujet, puisqu’elle m’ignore presque. Ca me va très bien comme ça. C’est toujours mieux que de se faire traiter comme de la merde, comme c’était le cas avec Jo. Le truc chiant quand elle est là, c’est qu’il m’est impossible d’embarquer un foccaccia à l’aubergine avec moi le midi, ou de lire le canard quand y’a pas un chat dans la boutique. J’ai pas trop le droit de causer foot trop longtemps avec Michael non plus. Ca l’emmerde, ça aussi. Par contre, elle, elle peut débiter des comérages non stop toute la journée, entre deux engueulades avec le filston. M’enfin ça me va. Je bosse, je touche ma paye le vendredi, je demande pas grand-chose d’autre.

Johnny, c’est le cuisto. Enfin c’était, puisqu’il s’est barré la semaine dernière. Vingt-sept ans, d’origine grecque, le style old-fashion avec sa banane bien gominée et son sourire émail diamant. Un peu à la Fonzy, quoi. Et comment il est Fonzy ? Il est cool. Pareil que Johnny. Toujours souriant, aimable, jamais un mot de travers, un brin déconneur. Je crois que l’adjectif qui lui convient le mieux, c’est « gentil », dans le bon sens du terme. Tout le monde l’aime, même Angela (surtout Angela), tout le monde se confie à lui, même si lui n’est pas très bavard. Je crois que personne n’a jamais rien eu à lui reprocher, professionnellement ou autre. Moi aussi je m’entendais bien avec lui. En plus d’être sympa, il était courageux. Lorsqu’il avait fini son travail vers quatre heures au café, il enchaînait dans un autre restau. Quatre-vingt heures par semaine environ, rarement des congés. Ca ne l’empêchait pas d’être d’humeur radieuse en permanence. Malheureusement il s’est barré, avant que je parte en Tasmanie. Il a décidé de se mettre au jardinage. Ca se respecte. C’est dommage parce que c’était le seul qui était capable de me parler d’autre chose que « b*te » ou de « ch*tte ». Ca me changeait des autres macaronis. Tant pis.

Et puis il y a aussi les serveuses, Ritta, la russe et Camelia, la superbe brésilienne. Je ne fais que les croiser, lorsque je prends le relais ou vice versa. Difficile d’en dire beaucoup plus, c’est con.

J’ai donc enchaîné deux semaines de boulot d’affilée, sans congés. Seize jours exactement. Je bosse de huit à midi du lundi au jeudi, avant d’aller en cours, et de midi à six ou sept le week-end, suivant l’activité. Ce qui fait environ trente-six heures par semaine. C’est la flexibilité à l’anglo-saxonne, on va dire. Le taf, les cours, les exams qui se pointent et les sorties du week-end ont largement raccourci mon temps de sommeil. Je n’ai qu’une hâte, c’est de pouvoir dormir huit heures un de ces quatre.

Mais je commence à voir le bout : j’ai prévu de partir en Tasmanie avec les frenchies le 22 mai, pour quatre jours. Je vous tiendrai au courant.

03.05.2008

10 – 14 avril: Mornington Peninsula: Sorrento, (French island) et Wilson’s Promontory

Cette semaine le temps a été superbe. Vingt-cinq degrés, pas un kilomètre-heure de vent. J’en ai profité pour me balader avec Danny, le texan, dans le parc de la ville bordant la Yarra River, au sud de la ville. Mais aussi siroter quelques bières fraîches sur quelques unes des nombreuses terrasses de la rive sud. Alors qu’on s’était résigné à passer nos futurs week-ends dans la City, il nous démangeait de démarrer le van et prendre la route, « comme au bon vieux temps ». Margault, le cerveau de l’équipe, a proposé la péninsule de Mornington, située à la pointe est de Port Philip Bay. L’été indien est de retour, on doit absolument partir. Pour l’Histoire, c’est à Sorrento que les européens ont bâti la première colonie du Victoria, au début du XIXè. Désormais, c’est un endroit privilégié des melbourniens lorsque le soleil tape fort.

On est jeudi, début d’après-midi ensoleillé, c’est l’heure d’enclencher le Wave Breaker, surnom du van donné par Max. Un baluchon, une couette, des toasts, de la confiture, des bananes et mad’eo. Deux heures de route. On arrive vers dix-neuf heures dans le bourg, plutôt moribond à cette période de l’année. Le soleil est déjà couché, les boutiques sont fermées. Seules quelques familles aisées peuplent les terrasses des restaurants. C’est trop silencieux à notre goût mais après tout on est là pour visiter. Après un mal de chien inimaginable, on trouve enfin l’unique backpacker du bled. Le nom de la rue –Mirranda St- n’est pas affiché, la pancarte de l’hostel est très discrète et la flèche est dans le mauvais sens… Je comprends pourquoi le Lonely Planet indique que cet hostel est délaissé par les voyageurs. C’est aussi ça, l’Australie. Même lorsqu’un endroit est décrit comme étant facile à trouver par un local (« it’s eaaasy, mate ! »), on passe un temps fou à le débusquer.

On arrive devant le backpacker fantôme. Tout est éteint, « ça n’doit pas être la saison », comme dirait l’autre. Margault –encore elle-, tente un appel perdu d’avance vers un numéro donné dans le guide, et ça répond. Michael, le gérant de l’hostel nous apprend que c’est ouvert, mais qu’il n’y a aucun client en ce moment. Il nous file le code digital de l’entrée, et nous indique l’endroit où se trouve les clés des chambres. On a une auberge rien que pour nous, c’est le pied, hein ? Si Margault n’avait pas appelé, on se serait galéré sans élec dans le van. Excités comme des gosses de cinq ans dans un parc d’attractions, on pose nos bagages dans une des six chambres de l’hostel. C’est propre, calme. On va bien dormir ce soir.

Mais la faim nous guette déjà. On marche vers le Contintental Hotel, dans Beach Road, la rue principale. L’intérieur est sublime, ça ressemble à un énorme chalet, avec pierre apparente, boiseries et cheminée. Aujourd’hui c’est Thursday’s Steack, quatorze dollars (soit huit euros) les trois cent grammes de bœuf avec frites, sauce au poivre et salade. On prend aussi deux pichets de bière et une grosse part de gâteau en dessert. On en sort calés, après avoir payé nos seize euros respectifs. En France on aurait sans doute payé le double. Retour à l’auberge, douche, film dans le living room et dodo avant d’attaquer le vendredi en forme.

Réveil matinal pour Max, qui est parti acheter à manger pour le p’tit dej’. Ce midi on a décidé d’aller bronzer à Ocean Beach, du côté de Port Sea, à quatre kilomètres de Sorrento. Superbe dune de sable blanc, mer déchaînée, et une liberté presque totale puisque mis à part cinq ou six braves surfeurs, seuls deux autres baigneurs ont eu la bonne idée de venir. Le temps est un peu capricieux, mais quand les nuages disparaissent, ça tape tout de même pas mal. Max tente de surfer, mais revient quelques minutes après, le temps de se faire écraser dans un rouleau compresseur…J’ai juste eu le courage de piquer une tête, histoire de marquer le coup, mais sans plus de plaisir que ça. C’était franchement dangereux. Pour la baignade, les « front beaches » qu’on trouve partout sont bien plus appropriées.

Le temps se gâte, on remonte dans le van en milieu d’après-midi pour aller faire quelques courses à la superette de Sorrento. Ce soir, c’est pâtes et vin rouge. Demain midi, c’est le désormais classique casse-dalle australien : toasts grillés avec bacon, avocat et tomate sur une sauce à l’ail. On mange dans un snack grec puis on se dirige vers le London Bridge –dont on peut voir le grand frère sur la Great Ocean Road-, quelques centaines de mètres après Ocean Beach. On aurait aimé pouvoir apprécier un couché de soleil au pied de la formation rocheuse, mais la flotte commençait à tomber. Retour au backpacker, qui s’est peuplé de trois nouveaux travelleuses aujourd’hui. Pâtes, film, vin rouge, bière, Tim Tam (succulents biscuits au chocolat très fameux ici) et dodo. Soirée classique dans une auberge.

Ce samedi matin, le van a du mal à démarrer, une fois n’est pas coutume. Il va vraiment falloir qu’on change ces bougies d’allumage. On fait un tour au garage pour faire le plein et prendre du liquide de refroidissement, avant d’aller visiter le parc naturel de Nepean Point. Ca se situe à l’extrême pointe de Port Philip Bay côté est, et avait jadis une importante majeure dans la défense de l’Australie, grâce à ses bunkers et diverses fortifications.

On se pose sur le parking du parc, déballe la table et chaises de camping. Je fais griller le pain, Margault le bacon. Max est chargé d’étaler la sauce à l’ail sur les toasts une fois qu’ils sont grillés. Avec trois sandwiches chacun, on va se régaler. Mais avant d’y goûter, une promenade de quelques kilomètres nous attend à travers le bush et ses sentiers de sable. On déguste notre repas sur une des nombreuses petites criques de la pointe. On aperçoit de l’autre côté la zone industrielle de Queenscliff. Le cadre pourrait être meilleur, mais on va pas faire la fine bouche : on est bien. On reprend la marche, bien calés, dans les collines très denses en végétation où sont planqués des bunkers. On crapahute jusqu’au bout de la pointe, où se trouve Nepean Fort. Salles d’armes, ascenseurs, batteries…

Des infrastructures ambitieuses et étrangement utiles, à une époque où la richesse et le développement de l’Australie faisaient du pays une cible privilégiée au cas où une guerre éclaterait contre le Royaume Uni. C’était au milieu du XIXè, lorsque les hommes découvraient les mines d’or du Victoria, les mines les plus riches de la planète. Les australiens craignaient entre autres les français et les russes.

Il est bientôt cinq heures quarante, on est les seuls promeneurs encore en piste. On pensait qu’on pouvait quitter le parc quand on voulait, mais le garde-champêtre déboule et nous somme de rentrer : « vous avez cinq minutes pour regagner le parking. Je vais fermer la barrière, et votre véhicule va rester coincer ici ». Comme à pieds c’est moyennement jouable, il nous prend dans sa jeep tout terrain. Cool. Quoique ça ne m’aurait pas gêné de passer la nuit sur le parking, puisqu’une prise était disponible dans le local situé à quelques mètres du van...

On prend la route pour Stony Point, prochaine étape de notre road trip, à l’opposé de la péninsule. C’est là-bas qu’on est supposé prendre le ferry pour French Island. Apparemment c’est sur cette île que se trouve la plus importante colonie de koalas. Il n’y a pas franchement grand-chose à faire là-bas sinon, mais on s’en fout. On veut juste faire une bonne randonnée, au milieu de la nature et avec personne d’autre autour. On passe à travers la sublime campagne de la péninsule, ses ranchs, ses fermes et ses collines couvertes de vignes de toutes les couleurs. Comment font-il pour transformer de si belles plantes en vin imbuvable ?

On arrive à la tombée de la nuit dans le caravan park, juste à côté du quai. Après avoir installé le plumard à l’arrière, on entame un film avec quelques bières, histoire d’être en forme pour crapahuter le lendemain. Deux mecs frappent au carreau, l’un équipé d’une lampe torche. Avec un air sérieux, l’un d’eux nous annonce qu’on doit passer régler la note au petit matin. Montant des courses, 150$. « 150$ ?! ». Margault se décompose. Moi je ne tombe dans le panneau, c’est trop gros. Les mecs éclatent de rire, nous aussi. Dans la foulée, ils nous demandent ce qu’on a l’intention de manger ce soir. Bananes, céréales, toasts, confiture et tim tam, ça ira très bien. Ils nous invitent tout de même à venir casser la croûte dans l’auvent de leur caravane, où est rassemblée la bande de cinquantenaires sympathiques.

Croque-monsieurs, toasts aux flageolets et fruity wine. On voulait du typique, on l’a eu. Steve, le comique de la bande, déploie l’écran géant et le projecteur qui va avec. On se met d’accord pour regarder Mrs Brook, avec Tom Cruise et Meryl Streep. J’étais trop crevé pour faire l’effort de comprendre, mais ça avait l’air intéressant quand même. On reste attablés jusqu’à tard, on parle de nos différents voyages, et du road trip qu’on a prévu de faire en juillet. Steve a la gentillesse de nous inviter à un agneau rôti chez lui, près de Dandenong, avant de partir sur la côte est. Il est une heure, on dit au revoir et merci pour l’accueil, puis on part se coucher.

Changement de programme ce matin. Steve et sa bande nous ont déconseillés d’aller visiter French Island. D’après eux, on ferait mieux d’aller voir le Wilson’s Promontory, « c’est pas loin », et c’est sublime. Le couple australien qui était assis à côté de moi dans l’avion m’avait décrit l’endroit comme étant le plus merveilleux de tous dans ce pays. Et sans chauvinisme aucun, puisqu’ils étaient de Perth. On paye les 21$ à l’accueil et on démarre la vieille mécanique du van. On s’arrête sur le port de Stony Point, où des pêcheurs ramènent leurs prises du matin. Essentiellement des poissons-éléphants, dont le nez est en forme de trompe et les dents carrées. Bizarre. Margault prend des photos des pélicans avant qu’on entame le long voyage qui nous attend. On passe à travers les routes très vallonnées du Gippsland, à travers une campagne similaire à celle des Grampians, mais version verte. Les deux heures de voyage indiquées par Steve sont déjà dépassées depuis des lustres, on aurait du s’en douter. La rando du jour est logiquement annulée. Toujours doubler les distances et les temps donnés par les Australiens…

On arrive enfin dans la dense et verte forêt du Prom, après cinq heures de route. Chose inédite depuis notre arrivée, on aperçoit une colonie de kangourous sauvages en train de brouter sur le bas-côté. Dommage que Margault ait manqué ça. Le van commence à chauffer dru. On s’arrête en haut d’une colline pour le laisser se reposer et admirer la mer, qu’on voit désormais. Ca me manquait, d’entendre les vagues. Il est cinq heures, la nuit tombe déjà. On parcourt le caravan park dans l’espoir de trouver une prise de courant, en vain. On va devoir faire sans cette fois. Un voisin allemand, venu découvrir le pays avec sa femme et son bébé, nous interpelle « vous avez déjà vu un wombat ? ». Il nous amène à une dizaine de mètres, non loin du terrain de jeu, où la bestiole broute le gazon. En gros, ça ressemble à un énorme cochon d’inde, en beaucoup plus docile. On peut les approcher, voire même les toucher, mais comme on connaît mal, on évite. On en verra trois autres dans la nuit, dont une mère et son petit. Le troisième se baladait à cinq mètres du van. On termine la journée avec le désormais classique combo film-tim tam-toast à la confiture. Ca marche du tonnerre.

Réveil matinal, ça commençait à faire longtemps. Le temps est capricieux, légèrement glacial, mais on est prêt à marcher des kilomètres. Déploiement de la table et des chaises, céréales, toasts, confiture et jus d’orange chimique. Avec ça on pourrait gravir l’Everest. On passe à l’accueil pour raquer notre nuit sans élec (10$ il me semble) et se renseigner sur les circuits proposés. On se met d’accord pour The Oberon Bay Walk, qui fait environ six kilomètres. Le coup de voisins allemands l’a fait la veille, c’est joli et facile. Il est dix heures vingt, la piste commence par des sentiers de sable, juste derrière l’accueil. On arrive assez rapidement sur une immense plage de sable blanc. C’est magnifique, on aurait aimé profiter plus, mais les trombes d’eau déboulent. Le parcours se corse un peu, on crapahute dans les collines entourant la côte. D’énormes plaques de granit s’érigent de la très dense flore du Prom. On prend le temps de s’arrêter sur une pointe, à trois cent mètres du sentier, pour observer les vagues s’éclater contre les rochers. Bien que la difficulté du chemin est décrite comme faible, il faut se méfier, car c’est plutôt escarpé. On continue notre chemin jusqu’à Little Oberon Bay, petite crique de sable blanc, mer turquoise et larges dunes. Un dauphin s’est échoué il y a quelques jours, on passe devant son corps est en train de pourrir, rongé par les puces de sable. La marche continue par-dessus les dunes, jusqu’à Oberon Bay. La plage est immense, ça donne envie de se baigner, mais les millions de minuscules méduses violettes cassent un peu le truc.

Ca fait trois heures qu’on se balade, et on a le choix entre deux alternatives, suivant la carte qu’on nous a donnée. Soit on revient au caravan park en faisant le chemin inverse, soit on poursuit notre route pour tenter de boucler la loupe par les terres. A vue de nez, c’est la même distance, et d’après nos prévisions, on arrivera au bout vers quatre heures, quatre heures trente. L’heure idéale pour partir, avant que le soleil ne commence à tomber et rende la route dangereuse. Il faut savoir qu’il est très déconseillé de conduire en Australie au petit matin et en début de soirée. Lorsque la lumière diminue, les kangourous traversent les routes et sont donc régulièrement percutés par les bagnoles.

Après une galère de vingt minutes pour tenter de trouver la sortie de la plage, qui entame l’autre itinéraire, on est repartis pour un tour. Il est déjà une heure, on a les crocs et Max commence à avoir les jambes qui flagellent. Ca promet une seconde mi-temps assez cocasse. Cette partie de la randonnée est beaucoup moins intéressante. On marche sur un sentier de graviers qui traverse une nature très sèche. C’est très linéaire, trop linéaire. On aperçoit un panneau, enfin. Six kilomètres restant. Le moral en prend un coup, mais va bien falloir le faire. Et puis au fur et à mesure que la fatigue gagne les organismes, la pente se fait de plus en plus ardue. D’après la carte, on grimpe vers Oberon Summit. On passe au dessus d’une petite rivière, où une famille nombreuse se repose, puis une deuxième. On fait une pause. J’ai les guitares en feu, Max est sur le point de crever sur place. Etrangement c’est Margault, la petite parisienne d’un mètre soixante, qui tient le mieux le choc. On reprend notre marche en pensant à la récompense qui nous attend, le Saint Graal : le burger with the lot servi au snack du caravan park. Histoire de tuer le temps, on échange sur les différents Disney qu’on a vu au cours de notre jeunesse (-J’ai même pas vu Bambi… -Roh, la honte eh !). C’est assez efficace.

Ca fait six heures qu’on est en croisade, et la délivrance arrive enfin, un peu avant Oberon Summit, après avoir gravi une côte que même Bernard Hinault aurait renoncé à affronter. On se pose sur une terrasse en bois spécialement conçue pour permettre aux promeneurs d’admirer le paysage. La côte du Prom est magnifique, mais l’intérieur des terres n’est pas mal non plus. Malheureusement c’est pas fini, il nous reste à descendre la colline qu’on vient de se coltiner. En récompense de nos efforts, où par pitié du Seigneur, je ne sais pas trop, la chance nous sourit. Un sympathique couple à qui on avait demandé conseil pour notre parcours sur Oberon Bay nous prend en voiture et nous fait avancer d’un kilomètre ou deux, avant que nos chemins se séparent. C’est déjà ça de gagner. J’ai hésité à indiquer à l’allemande qui était au volant qu’il fallait rouler à gauche en Australie, mais j’ai pas osé. Son ami irlandais a tenté de lui faire des signes, tout gêné, mais lui non plus n’a pas voulu la bouleverser. C’est dangereux, surtout quand on roule à quatre-vingt sur des routes aussi serrées que sur celles du Prom. Finalement j’étais soulagé d’être vivant en sortant de là.

On n’a plus qu’un kilomètre à marcher avant d’arriver au caravan park. Il est quatre heures et demi, et même si on est bien cramés, on a vu de la nature et le timing est parfaitement respecté. On peut enfin s’asseoir à la terrasse extérieure du snack et dévorer un burger with the lot qu’on n’a pas volé. Le van démarre sans sourciller du menton, on peut rouler vers North Caulfield. Comme Margault avait raté la colonie de kangourous à l’aller, on s’arrête un petit quart d’heure dans un champ pour les prendre en photos. Pas farouches pour un sou, on a pu les approcher à quelques mètres seulement. On remonte dans la carlingue. La randonnée m’a achevé, je m’endors rapidement sur la banquette arrière, enroulé dans ma couette. C’est du sport, mine de rien.

Ce week-end sur la péninsule de Mornington était peut-être le dernier, du coup on était plutôt ravi d’avoir profité à fond. D’ailleurs ce fut le cas à chaque fois qu’on a pris la route. Max veut surfer, Margault va bientôt commencer le maille, moi je ne vais pas tarder non plus, ça commence à cailler sévère…Et puis j’ai aussi envie de passer quelques week-ends à Melbourne même. A retenir de ce week-end : le calme et l’absence quasi-totale d’autres randonneurs. Non pas que je sois agoraphobe ou asocial, mais visiter la Tour Eiffel au milieu de douze mille chinois excités comme des puces, c’est moyennement ma came. Que nous reste-il à voir dans le Victoria ? Les forêts de Dandenong, les vignobles de la Yarra River ? Chantal nous a aussi parlé d’une forêt qu’un artiste a achetée pour y ériger les sculptures de sa création. Ca mériterait sûrement un coup d’œil.

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