02.06.2008

Jamie has left the game

Il y a quelques semaines, cette maison était un vrai boxon. Enfin, en semaine, c'était plutôt calme : les anglaises et québécoises travaillaient en permanence, les kiwis regardaient des films dans leur shed dès sept heures, et Chantal vadrouillait à droite à gauche. Mais une fois le vendredi soir venu, c’était la fiesta, l’ébullition. Depuis, les quatre givrées se sont barrées, Mandy en a fait de même il y a trois semaines, direction Londres. Et enfin hier soir c’était au tour de Jamie, son ex-boy friend, de plier bagages et quitter le loft. Direction la City aussi. Pour l’occasion il a rassemblé tout le monde au Croft’s Institute, rade situé au bout d’une des ruelles de Chinatown. Les collègues de boulot étaient présents, plus les bons potes : Stefan, Jason, Angelique, Chantal, Kathlee, Max et moi. Austin, Helen et Frédérique étaient aussi de la partie, puis Monch, notre nouvelle colloc espagnole, arrivée sur le tard.

Une chose est sûre, on aura bien déconné, avec lui. On l’adorait, et il nous adorait. Les virées nocturnes à St Kilda, Chapel St, et dans les ruelles du CBD vont longtemps restées dans ma mémoire. Le Sista Bella, Section 8, le Croft, Mother Milk, le Cookie, L'Esplanade et autre 855 n'ont plus aucun secret pour nous. On a pris rendez-vous en août prochain, à mon retour à Brest. J’ai insisté pour qu’il vienne me voir lors du week-end de l’Astro. Je lui ai beaucoup parlé du coin, il n’a qu’une hâte, c’est de se pointer en terre finistérienne. J’espère qu’il ne sera pas déçu. Enfin j’espère surtout qu’il viendra me voir, peu importe quand.

Monch (?) nous a donc rejoint il y a une semaine ou deux, je ne sais plus. Le rythme du taf m’a un peu déboussolé. Elle vient de Barcelone et est tout simplement adorable. Max et Margault sont comme des dingues, ils vont enfin pouvoir peaufiner leur espagnol, déjà très bon cependant. Depuis le temps qu’ils suppliaient Chantal de nous trouver des hispanophones, c’est enfin chose faite. Moi je galère beaucoup plus pour trouver mes mots par contre. L’anglais a largement pris le dessus maintenant, alors qu’avant de venir, c’était plutôt kif-kif entre les deux langues.

Puisqu’elle avait besoin de travailler, je l’ai faite entrer au café, et ça a tout de suite accroché, entre elle et le staff (tu m’étonnes). Elle fait l’unanimité, même auprès d’Angela. Et croyez-moi, ça veut dire quelque chose. Le problème c’est qu’on est trop au poste de serveur maintenant, et que du coup je fais moins d’heures qu’avant, alors que les cours sont terminés. La logique aurait voulu que ce soit l’inverse. J’ai besoin de faire des heures. Quarante, quarante cinq…Moins, c’est pas jouable, surtout à ce taux horaire. Murielle, une montpeliéraine, et son filston se sont pointés au café, l’autre jour. Elle m’a filé le numéro de son mari qui tient une gaufrerie dans le centre, près de Flinders station. Elle n’avait pas l’air plus gênée que ça de me débaucher devant Phil, d'ailleurs. Apparemment Marc (son mari, donc) recrute un mec, français de préférence et rapide, pour faire les gaufres, et même le café. Ca fait une paille que j’avais envie de me former au poste de barrista, mais Michael m’avait annoncé d’entrée de jeu que ça n'arriverait jamais dans son café.

Je suis donc allé voir le Marc en question, Degraves St, là où il tient sa boutique. Je ne connaissais pas cet endroit, mais maintenant que je la connais, je crois que je vais y passer plus souvent. Il s’agit en fait d’une ruelle très étroite, qui s’étend sur une cinquantaine de mètres, avec des snacks minuscules tous les trois mètres. Il y en a pour tous les goûts : foccaccias, paninis, burgers, pizzas, sandwiches, rolls, kebabs, sushis…C’est surpeuplé de travailleurs, en costard, en jeans ou en bermuda, venus se rassasier à l’heure de midi, et pour pas grand-chose. Cinq dollars le burger with the lot, qui dit mieux ? C’est un des charmes de la ville : il faut creuser pour trouver ce genre de trésors.

Bref, j’étais pas là pour me gaver (dommage), mais pour trouver un job. J’ai causé une minute avec Marc, qui m’a clairement fait comprendre qu’il cherchait quelqu’un disponible plus d’un mois. Il m’appellera si jamais il a besoin de moi, quand même. Mouais. Je suis sorti de la boutique un peu déçu, mais on ne peut pas gagner à tous les coups. J’ai continué ma route dans Degraves St, histoire de baver encore un peu devant les menus marqués à la craie blanche sur les tableaux noirs, un classique à Melbourne. Cinq mètres plus loin, une affiche collée sur la vitrine d’un café attire mon attention. « Recrute staff à temps plein ». J’entre, j’explique que je cherche à faire beaucoup d’heures. Il faut que je repasse avec un cv. Cool, j’ai pas perdu mon temps, finalement. En partant j’ai rapidement observé les serveurs à l’oeuvre. A priori ça ressemble fortement à ce que je fais déjà.

En parallèle, Margault va tenter de me faire entrer au CQ, la boîte branchée dans laquelle elle bosse au vestiaire le week-end. Ils recrutent sûrement des ramasseurs de verres, toute la semaine, pour vingt dollars de l’heure. Honnête. Quarante heures en journée, et quelques heures par-ci par là la nuit, c’est ce qui me faut. Si jamais ça se concrétise, je pourrai faire le road trip la tête libérée. Dans le cas contraire, faudra prier pour ne pas qu’un gros pépin nous arrive sur la route. Et la jouer raisonnable dans les rades qui vont ponctuer notre parcours sur toute la côte est, de Melbourne à Cairns en passant par Sidney.

Vous comprenez pourquoi je tiens absolument à bosser, maintenant.

25.05.2008

Et si on parlait des cours, un peu ?

Je ne me souviens pas avoir parlé des cours, depuis que j’ai ouvert ce blog. Peut-être que je n’ai jamais eu le temps d’en toucher un mot. Peut-être parce que je ne me sens pas super concerné, scolairement parlant…Un peu des deux sûrement. N’empêche que jusqu’à présent, j’allais en cours la tête ailleurs. Dans la nature, dans un bar ou à la maison avec les roommates. Quelque part autre que dans notre gigantesque et moderne université.

Intro to Aussie society : cours de culture générale sur la société australienne, l’histoire du pays, l’évolution de l’identité nationale (de l’Australie blanche à l’Australie multiculturelle), sa position par rapport aux aborigènes…On a commencé ce cours par le camp dans les Grampians, fin février dernier, juste après notre arrivée. C’est là bas qu’on avait forgé une bande de collègues, principalement ricains, plus nous les frenchies, les allemands et les canadiennes. Le premier devoir concernait ce fameux week-end, et notamment l’histoire d’Hamilton et la vie des hommes autrefois. 1800 mots, 30% de la note finale. La semaine dernière on concluait le cours avec un exposé sur le thème de notre choix. On a fait dans le classique : la sécheresse et la désertification en Australie. 50% de la note. Il me reste à écrire un essai de mille mots portant sur mon séjour en Australie pour compléter le truc.

On a assisté à notre dernier cours, donc, jeudi dernier. Une page se tourne. Catherine l’un des deux canadiennes rentre au pays dans une semaine, déjà. Ca sent la fin…Parmi les quatre cours qu’on a, c’est le seul qui nous a permis de communiquer avec les autres étudiants de la classe. Dans les trois autres, si j’ai adressé la parole à quelqu’un, c’était juste pour lui demander un stylo, ou comment mettre de la couleur dans un tableau Word, j’imagine. Salut Chris, merci pour ce cours, sûrement le plus intéressant auquel j’ai assisté depuis que je cire les bancs de l’école.

Desktop Publishing : ou comment améliorer la communication visuelle en entreprise. Mélange de design et d’art plastique, on apprend à manipuler des programmes tels que MS Publisher, Powerpoint, Paint Shop Pro etc…Ca peut en faire rire certains, Max et moi les premiers, mais c’est technique. Pas de place pour le freestyle ici, tous les éléments de nos publications doivent être mis en place soigneusement, avec à la fois cohérence, esthétisme et efficacité. On a dû rendre un portfolio composé de neuf documents la semaine dernière, en rentrant de Tasmanie. Carte de visite, en tête de fax et de lettre commerciale, flyer à distribuer, enveloppe, publicité dans le canard…Rien de bien méchant, mais ça prend du temps et surtout j’ai trouvé ça intéressant à faire. Avec le flyer, le power point et le test, ça fait 100%. Je suis à peu près sûr d’avoir validé la matière.

Internet for business : ou comment construire un site web commercial efficace, attractif. Le prof nous a annoncé la couleur d’entrée de jeu : je ne suis pas là pour vous apprendre à faire un joli site, je suis là pour que vous vous fassiez du blé. Ca a le mérite d’être clair. Le discours de Bill est convaincant, et puis il a de la bouteille, il fait du e-commerce depuis belle lurette, et le filston s’en met plein les poches dans le milieu aussi. C’est clair que ses slides vont me servir un jour ou l’autre, tant il semble facile de gagner sa vie avec une bonne idée, un business plan qui tient la route, de l’interactivité avec le visiteur et un design pas trop crade. Ca donne envie de s’y mettre. On a du acheter un livre qui explique comment monter un site de A à Z avec Visual Web Developer, de la base de données au design en passant par les contrôles ASP.NET (login, shopping cart etc…). Au début ça m’a bien emmerdé de mettre le prix, mais mon point de vue a changé au fil des semaines.

Je suis en groupe avec Emilie, Max, et Wei, un chinois. Bill, qui connaît bien la Bretagne, nous a recommandé de monter un site qui vend du cidre breton en Australie, puisqu’il galère lui-même à en trouver ici. Si mes souvenirs sont bons, les ESCiens de l’année dernière avaient aussi monter un site d’import de produits bretons…On doit rendre le truc mercredi prochain, mais le plus gros du boulot est fait, je n’ai plus qu’à lier les pages. Le résultat n’est pas franchement grandiose, mais on n’a pas vraiment bûché comme des malades pour rendre un travail propre. Dans tous les cas, le cours devrait être validé aussi, je dois juste relire les douze power points du semestre avant l’exam.

Database concepts : là c’est la cata. J’avais pris ce cours parce que j’aime bien les bases de données, et que les systèmes d’information sont partout maintenant, même dans les petites entreprises. Et puis j’en avais déjà fait à Chaptal. Je m’étais dit que ça serait une partie de plaisir. Seulement voilà, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. D’une, j’ai raté les trois premières semaines de cours (à RMIT on a un mois pour « tester » les cours : on s’inscrit à ce qui nous intéresse, vire ce qui ne convient pas, pour reprendre autre chose etc…), qui avaient pour but de nous initier avec le monde merveilleux d’Unix. Résultat, je n’ai jamais vraiment compris comment cet OS fonctionnait. Compliqué, donc, d’être au niveau pendant les « labs » (les cours sont divisés en deux, voire trois parties : cours magistral, travaux dirigés et labo, pour les cours d’informatique).

J’ai rapidement abandonné toute chance de valider ce truc, et avec le boulot au café, ma motivation a pris une bonne claque, comme si j’avais besoin de ça. C’était quand même cool de croiser Chelsey et Michael (l’allemand), aussi peu intéressés que moi par le module (mais nettement plus doués je dois dire), et d’aller un boire un coup dans le bar d’en face entre la lecture et le tuto. A l’exam, j’irai marquer mon nom pour ressortir aussitôt. Rester plus longtemps serait inutile. Théoriquement, avec trois modules validés sur les quatre, il ne me manquera qu’un crédit et demi pour passer en troisième année, puisque j’ai pris six cours au lieu de cinq au premier semestre (au cas où, hehe). Je sais que l’ESC sera compréhensive, surtout s’il s’agit de séjour à l’étranger.

15.05.2008

I got a job

J’en parlais il y a quelques semaines : il me faut absolument un taf pour faire des réserves avant le road trip de juillet. J’ai envie de me priver ni à Melbourne, ni sur la route pendant un mois. Au cas où il nous arriverait un gros pépin mécanique, il pourrait être utile d’avoir des ronds de côté. En fait j’ai pas été cherché loin. Je suis juste allé me poser avec mon ordi au café rital du coin de la rue, un vendredi soir (le 2 mai), avec en tête l’idée que j’en toucherais deux mots au patron, si l’occasion arrive.

C’est ici qu’on vient souvent avec Max, et parfois Margault, pour aller sur le net. C’est 5$ l’heure sans repas, et une heure gratuite quand on mange. Internet n’a pas de prix, en Australie…D’habitude on vient le dimanche, on prend un beef burger, des frites et une Corona. Mais cette fois-ci c’était croissants au fromage sans goût et café latte.

Ils ont une carte plutôt correcte, pour un café, et c’est pas cher. Petits dej’, soupes, salades, burgers, pâtes, pizzas, rissotos, gâteaux, milkshakes, foccacias, jus de fruits pressés et, of course, du bon café, comme les melbourniens savent si bien le faire.

C’est dans ce café que Jo, l’ancienne colloc londonienne, travaillait. Elle disait qu’elle se plaisait bien, mis à part que la mama était une vraie plaie, et qu’elle lui menait la vie dure, souvent injustement. Même pas peur, j’ai eu l’occaze de croiser pas mal de tête de noeuf au cours de ma carrière d’intérim.

J’étais en train d’avaler mes croissants sans goût achetés chez Coles quand le patron est venu me voir. Tu viens d’où ? Tu fais quoi ? Etudiant ? Tu fais comment pour payer tes études ? T’as un travail ?..Trop facile, quoi. Je lui dis que j’avais quelques réserves, mais que j’avais besoin d’un peu plus. Vous ne recrutez pas par hasard ? Viens faire un test mercredi matin, de onze à treize, on va voir comment tu te débrouilles. Et le tour est joué. Pas eu besoin de parler de permis de travail, de contrat, d’horaires, de paye, ou quoique ce soit. Le code du travail, ici, chaque patron le fait à sa sauce.

J’ai passé le test sans trop de soucis, et depuis, je bosse pas mal. Les conditions sont correctes : c’est à cinq minutes de chez moi, mes horaires sont adaptés à mes cours, j’ai un repas le midi, parfois un le soir, et ça m’arrive même d’avoir des « tips » de temps en temps. Deux dollars par-ci, cinq dollars par là…J’ai déjà eu dix dollars une fois. Douze dollars le taux horaire, c’est dans la norme. Au black, bien sûr.

Le taf est assez stressant au début. Je suis serveur, donc chargé de la salle, de l’accueil des clients. Je dois leur dire bonjour, leur demander s’ils veulent boire ou manger, s’ils veulent s’asseoir…Je prends les commandes des clients en salle, ce qui est d’ailleurs le plus dur pour moi. Après deux semaines passées là-bas, je ne connais pas encore tout le menu, et parfois les clients me demandent des trucs farfelus. Dans ce cas-là je leur demande de répéter, et de répéter encore si j’ai toujours pas compris. C’est mieux que de commander n’importe quoi. Jusqu’à maintenant, ça ne m’est d’ailleurs jamais arrivé. Je ne parle pas des p’tits vieux qui articulent que dalle. Heureusement qu’ils sont souvent accompagnés d’une personne ayant vingt ou cinquante ans de moins, et assez aimable pour me faire la traduction en anglais articulé. Je sers les plats et cafés, ramasse les plats finis, nettoie les tables…

Le job est plutôt plaisant quand il y a plein de clients. On court dans tous les sens, on transpire, on stresse à la vue d’un client impatient…Pas le temps de regarder l’horloge. J’aime bien ça. Mais quand c’est calme, c’est…Trop calme. Je remplis les pots de beurre, je range la vaisselle chaude, je passe un coup d’éponge sur des tables qui ont déjà été nettoyées trois fois…Au début je me dépêchais pour faire quoique ce soit, à deux cent à l’heure. J’ai vite compris qu’il fallait prendre son temps, se mettre en mode koala, ramasser une tasse et une assiette, et non pas deux tasses par-dessus trois assiettes. Faut en garder pour après.

C’est Phil le patron. Un peu plus de quarante ans, rital typique, grande gueule, matte les clientes de haut en bas, blagues salaces, roule des mécaniques comme si tout le quartier lui appartenait…North Caulfield is yours, mec, t’as raison. Il en branle pas lourd. Il sert le café de huit à dix, jusqu’à l’arrivée de Michael. Une fois que le barrista est là, il fume clope sur clope dehors, s’engueule avec la mama, lit le canard section footie…Mais le plus clair de son temps, il joue au solitaire. Il doit forcément se préparer pour une compet’ à venir, c’est obligé. N’empêche que niveau taf il est cool avec moi, rien à dire.

Michael a trente-quatre piges, d’origine italienne aussi. Il fait le café : c’est un barrista, comme on dit. Il a passé les onze premières années de sa vie en Egypte, avant de s’installer cinq ans en Grèce, pour ensuite venir à Melbourne. Lui et sa famille n’ont jamais pu revenir en Italie, trop dangereux pour eux. On se croirait dans le Parrain. Bref, lui aussi a son petit côté italien, puisque son rêve serait de pouvoir dire « tasty pussy » dans toutes les langues. Il était ravi quand je lui ai donné la traduction française. Il est passionné par plein de trucs. La géopolitique, les gonzesses, et…Le foot. Sa Religion. Supporter du Milan A.C et du Pana. Il connaît tout de A à Z, même le foot français. Lui aussi va adopter un régime de sommeil spécial pendant l’Euro qui arrive en juin. C’est pour ça qu’on s’entend bien. Et puis on a la même conception de l’humour : on peut rire de tout. Niveau taf, c’est autre chose. Sérieux, professionnel, exigent, perfectionniste. Il est prêt à me passer un savon si je laisse un torchon traîner, ou si je donne une cuiller à un client qui n’en n’a pas forcément besoin…Au début ça me faisait flipper, maintenant ça me fait plutôt sourire. Hey, calme toi vieux, y’a pas mort d’homme !

Angela, la mama de Phil, a aussi le profil type de la mère italienne. Gros caractère, elle passe beaucoup de temps en cuisine pour soutenir le cuisto, voire le remplacer quand il est en congés. Pas grand-chose à dire à son sujet, puisqu’elle m’ignore presque. Ca me va très bien comme ça. C’est toujours mieux que de se faire traiter comme de la merde, comme c’était le cas avec Jo. Le truc chiant quand elle est là, c’est qu’il m’est impossible d’embarquer un foccaccia à l’aubergine avec moi le midi, ou de lire le canard quand y’a pas un chat dans la boutique. J’ai pas trop le droit de causer foot trop longtemps avec Michael non plus. Ca l’emmerde, ça aussi. Par contre, elle, elle peut débiter des comérages non stop toute la journée, entre deux engueulades avec le filston. M’enfin ça me va. Je bosse, je touche ma paye le vendredi, je demande pas grand-chose d’autre.

Johnny, c’est le cuisto. Enfin c’était, puisqu’il s’est barré la semaine dernière. Vingt-sept ans, d’origine grecque, le style old-fashion avec sa banane bien gominée et son sourire émail diamant. Un peu à la Fonzy, quoi. Et comment il est Fonzy ? Il est cool. Pareil que Johnny. Toujours souriant, aimable, jamais un mot de travers, un brin déconneur. Je crois que l’adjectif qui lui convient le mieux, c’est « gentil », dans le bon sens du terme. Tout le monde l’aime, même Angela (surtout Angela), tout le monde se confie à lui, même si lui n’est pas très bavard. Je crois que personne n’a jamais rien eu à lui reprocher, professionnellement ou autre. Moi aussi je m’entendais bien avec lui. En plus d’être sympa, il était courageux. Lorsqu’il avait fini son travail vers quatre heures au café, il enchaînait dans un autre restau. Quatre-vingt heures par semaine environ, rarement des congés. Ca ne l’empêchait pas d’être d’humeur radieuse en permanence. Malheureusement il s’est barré, avant que je parte en Tasmanie. Il a décidé de se mettre au jardinage. Ca se respecte. C’est dommage parce que c’était le seul qui était capable de me parler d’autre chose que « b*te » ou de « ch*tte ». Ca me changeait des autres macaronis. Tant pis.

Et puis il y a aussi les serveuses, Ritta, la russe et Camelia, la superbe brésilienne. Je ne fais que les croiser, lorsque je prends le relais ou vice versa. Difficile d’en dire beaucoup plus, c’est con.

J’ai donc enchaîné deux semaines de boulot d’affilée, sans congés. Seize jours exactement. Je bosse de huit à midi du lundi au jeudi, avant d’aller en cours, et de midi à six ou sept le week-end, suivant l’activité. Ce qui fait environ trente-six heures par semaine. C’est la flexibilité à l’anglo-saxonne, on va dire. Le taf, les cours, les exams qui se pointent et les sorties du week-end ont largement raccourci mon temps de sommeil. Je n’ai qu’une hâte, c’est de pouvoir dormir huit heures un de ces quatre.

Mais je commence à voir le bout : j’ai prévu de partir en Tasmanie avec les frenchies le 22 mai, pour quatre jours. Je vous tiendrai au courant.